Identité Scientifique, Inertie et Numérique

Sommaire :

  1. Identité Scientifique, Intérêts Catégoriels, Acculturation
  2. Le Présupposé Expérimental et le Gigantisme
    1. Les Très Grandes Infrastructures de Recherche (TGIR)
    2. Inerties sociales en socio-épistémologie (René Thom)
  3. Principes de la Gouvernance des Universités
    1. Libertés et Responsabilités
    2. Verticalité et Représentativité Proportionnelle dans les Conseils
    3. Influence des Classements Internationaux
    4. Discours sur la Qualité, Incitation à la Quantité
  4. Proportions Actuelles des Disciplines
  5. Conception des Mutations du Monde du Travail
  6. Équippements Informatique et Usurpation d'Identité
  7. Énergie, Économie, Contraintes Physiques et Recherche
    1. Énergie et PIB : Facteur de Production Déterminant
    2. Recherche Scientifique : Interrogations sur le Projet Iter
    3. Finitude des Resources Naturelles : Plusieurs Secteurs Menacés

Au sujet de cette page, voir le tout dernier
sondage représentatif par la méthode des copains de RogueESR
Pour une perception équilibrée, consultez aussi le rapport des grosses têtes de l'Inspection Générale sur le pilotage et la maîtrise de la masse salariale des universités.

1. Identité Scientifique, Intérêts Catégoriels, Acculturation

Les intérêts catégoriels concernent, dans le monde académique comme ailleurs dans la société, différents aspects de la position de la personne dans le champ social, où se tissent des solidarités de groupe. Parmi les ressorts puissants de la distortion de la réalité par les scientifiques est l'identité de groupes comme des disciplines scientifiques, des communautés scientifiques de différentes granularités, des types de recherches (expérimentale vs théorique, fondamentale vs appliquée), des organisations (laboratoire, EPST), etc. Ces domaines de travail du scientifique sont en concurrence les uns avec les autres pour tous types de resources et moyens, ce qui donne lieu à des rapports de pouvoir omniprésents, sauvages, et aussi tabous.

Les universités sont donc traversés par des oppositions symboliques identitaires, dont beaucoup ont le caractère binaire typiquement associé à la dissociation psychologique, qui donne lieu à des débats polarisés et stériles, et à des stratégies guerrières d'obstruction et de destructions gratuites. On peut noter :

  1. L'opposition enseignant contre chercheur : au sein des corps d'enseignants, de chercheurs, mais surtout, d'enseignant-chercheurs, ces derniers constituant clairement une majorité des participants aux débats sur la recherche et les formations.
  2. L'opposition entre sciences inexactes et sciences inhumaines : Discussions stériles pour savoir qui est vraiment scientifique (sans considérer, évidemment, de concept opérationel de discipline scientifique)
  3. L'opposition entre sciences appliquées et sciences fondamentales : Idem, avec en plus la dimension de mépris aristocratique.
  4. L'opposition entre sciences et technologie : Idem, avec en plus la dimension de mépris aristocratique. Note : dans le dictionnaire des idées reçues universitaires, la technologie n'est pas de la Science, c'est du Kkapilalisme.
  5. L'opposition entre formation professionelle et vraie formation : Idem, avec en plus la dimension de mépris aristocratique. Note : dans le dictionnaire des idées reçues universitaires, la technologie n'est pas de la Science, c'est du Kkapilalisme. Aider les jeunes à trouver un boulot "c'est pas à nous de faire ça". L'enseignement est un travail de reproduction assimillable à la fertilité : c'est la tâche des femmes et des roturiers...

On retrouve évidemment les mêmes oppositions et tensions entre responsables de formations et responsables recherche, avec, notamment, en amont de la vague d'évaluation, les directeurs des gros laboratoires qui pèsent dans les réunions sur les maquettes de formations, pour éviter que leurs laboratoires ne se retrouvent "en apesanteur", sans avoir de formation de licence ou master pour entretenir les flux dans les écoles doctorales.

Pour la survie ou le développement d'une thématique de recherche, il y a deux nerfs de la guerre :

  1. Le recrutement de doctorants. Il assure la formation de jeunes, augmente l'activité et les publications, et améliore substantiellement les CV des encadrants et leurs perspectives de carrière. Les doctorants ont aussi une dimension de réalisation existentielle par l'instruction d'un digne héritier, avec un caractère partiarcal prononcé...
    Les chercheurs, qui sont, dans leur écrasante majorité, à des années lumière des formations qualifiantes dans leur propre pratique, doivent montrer leurs thématiques dans des "masters recherche", qui sont des formations sans queues ni tête, absoluement fourre-tout, dont le seul objectif est d'afficher chaque chercheur (qui aurait la capacité de lobbying) et sa thématique de recherche.
    Ces masters ont régulièrement des options avec trois étudiants qui se battent en duel, mais les écoles doctorales prétendent que ceux-ci sont plus excellents que dans les filières pro sélectives avec des effectifs pléthoriques...
  2. Les postes de chercheurs ou d'enseignant-chercheurs. Il y a des batailles sanglantes pour les redéploiments de postes, lors de départs à la retraître ou mutations, d'une discipline à une autre, d'une formation à une autre, d'un laboratoire à un autre, etc.
    Le profil recherche sera généralement prédominant pour le type de candidat recherché, et la définition de ce profil fera l'objet de tensions internes au laboratoire ou à l'équipe concernée, favorisant tel chercheur Habilité à Diriger des Recherches plutôt que tel autre.
    Les profils fourre-tout donnent lieu à des batailles rangées en comité de sélection, pouvant produire des résultats ineptes par un manque de collaboration interne au comité. Les profils étroits font fuir beaucoup de candidats.
    On a enfin régulièrement des profils hypocrites où l'enseignement et la recherche sont diamétralement opposés dans la discipline, et on finit par conclure qu'en prenant "le meilleur", il y arrivera bien. Le candidat promet de s'investir lors de l'audition (juré craché)  tout le monde a envie de le croire, et beaucoup y sont passé (peu se sont investi au delà de l'année de stage...) et voilà. Là encore, beaucoup de batailles rangées (peut-être moins depuis la LRU), avec en plus le côté binaire...

Pour ajouter une couche d'irrationnel, les EPST et la gouvernance envoie des injonction de prendre "le meilleur", ce qui n'est généralement pas défini rationellement dans un recrutement multi-critères. Du coup, on prends le plus matheux lunaire (c'est forcément le meilleur...).

Les filières de master recherche peau de chagrain, le sentiment de décrochage technologique non verbalisé et tabou, la culpabilité face à la situation de la jeunesse et au chômage, génère une anxiété mellée d'un sentiment d'acculturation. Tout celà conduit à des stratégies de défense violentes, à la recherche de bouc-émissaires, et à un repli identitaire teinté de prosélytisme.

2. Le Présupposé Expérimental et le Gigantisme

2.a. Les Très Grandes Infrastructures de Recherche (TGIR)

La philosophie des Très Grandes Infrastructures de Recherche (TGIR) au CNRS postule que l'excellence de niveau mondial repose avant tout sur des moyens extrèmement coûteux pour acquérir des données.

Mon point de vue est que les efforts déployés pour exploiter correctement ces données et pour en tirer le meilleur parti sont ridiculement sous-dimensionnés par rapport au coût d'acquisition des données, sans parler de la piètre qualité du logiciel développé.

Je pense qu'il faudrait geler les investissements dans ces TGIR, et entreprendre de développer le logiciel permettant l'exploitation optimale des installations existantes, notamment par la réalisation de l'interopérabilité logicielle entre toutes ces données. Le gruyère coûte horriblement cher, alors que les trous sont beaucoup plus gros que le fromage...


Figure 1. Les Très Grandes Infrastructures de Recherche, suivant le CNRS
"répondent à un besoin des scientifiques de posséder de moyens exceptionnels
afin de mener des recherches de l'ordre de l'excellence"

2.b. Inerties sociales en socio-épistémologie (René Thom)

Voici quelques extraits d'entretiens avec René Thom. Vous pouvez consulter l'intégralité du documentaire. Les extraits parlent d'eux mêmes. Si je devais l'écrire, j'en ferais la transcription littérale.

Video 1. René Thom sur l'entreprise "à son avis désepérée"
de la quête de l'observation de particules d'énergie toujours plus élevées
en physique

Video 2. René Thom sur l'inertie sociale en socio-épistémologie"
et le lobby des expérimentalistes (CERN, ITER)
Référence : Thomas S. Kuhn, "The Structure of Scientific Revolutions",
International Encyclopedia of United Science

Video 3. René Thom sur son opposition au préalable expériemental
et son idéal de recherche de modèles explicatifs et descriptifs par l'herméneutique

Video 4. René Thom sur la théorie des catastrophes :
principe explicatif et descriptif de l'événement instable en théorie des systèmes

3. Principes de la Gouvernance des Universités

3.a. Libertés et Responsabilités

La Loi relative aux Libertés et Responsabilités des Universités (LRU) a profondément transformé la gouvernance des universités en France. Notamment :

  • Les universités autonomes maîtrisent les ressources humaines, pouvant redéployer, créer ou supprimer des postes, là où auparavant, les postes permanents étaient alloués et fléchés (incluant discipline et profil) par le ministère (après négociation)
  • Les universités allouent les (relativement maigres) budgets récurrents des laboratoires, avec de fait, un pouvoir de vie ou de mort sur ces derniers.
  • Les universités décident s'il faut créer des postes de secrétaires (payé(e)s au salaire minimum), ou s'il faut créer des postes de professeur des universités (payés entre 3000 et 6000 euros net/mois), et faire faire le travail de secrétariat par des professeurs des universités.
  • Or, s'il y a un motto qui revient sans cesse dans le discours universitaires, c'est "il nous faut plus de postes !!!". Mais il y a aussi : "Nous sommes submergé(e)s de travail subalterne comme des tâches de secrétariat".


    Figure 2. Nouvelles responsabilités dans la loi LRU

    Mon point de vue est que l'aspect "responsabilité" a été oublié, non pas par manque de liberté ou de verticalité, mais par l'inconscience, le nombrilisme, et le court termisme de la base, jusqu'aux sommets des gouvernances.

    3.b. Verticalité et Représentativité Proportionnelle dans les Conseils

    Un des éléments qui contribue fortement à l'inertie du système universitaire, sont le mode de représentation dans les conseils, et la verticalité.

    La verticalité implique que les grandes orientation sont prises par des seniors, qui ont fait leur thèse il y a vingt à trente ans, puis, après avoir fait le necessaire pour passer professeur ou directeur de recherche, ont accumulé les responsabilités administratives et collectives.

    Pour ce qui est des thématiques à privilégier, rien de mieux que les "thèmes éprouvés" du bon vieux temps, "quand on pense qu'il y a vingt ans ça n'était pas possible", ou encore, "les étudiants ne sont plus ce qu'ils étaient"... On entends aussi "wikipédia c'est pas toujours fiable, hein... Il faut faire attention !" et autres idées reçues qu'on entendait dans les premières années d'existence de Wikipédia, où les intellectuels publiaient des colonnes du genre "ça ne vaudra jamais un bon bouquin..." ou "j'aime le contact avec le papier ; ça me rapproche de la nature..."

    L'autre facteur puissant de l'inertie des thématiques de recherche est la représentation proportionnelle dans les conseils.


    Figure 3. Composition du Conseil d'Administration dans la loi LRU

    3.c. Influence des Classements Internationaux

    Comme l'explique le rapport sur la prise en compte des classements internationaux dans les politiques de site par l'Inspection générale de l'Administration de l'Éducation nationale et de la Recherche :

    "au début des années 2010, suite au rapport Juppé-Rocard, le Commissariat général à l’investissement a lancé les appels à projet Idex, puis Idex et I-site, qui participent des programmes d’investissements d’avenir (PIA) et visent à faire émerger en France « cinq à dix pôles pluridisciplinaires d'excellence (...) de rang mondial (...) sous la forme de regroupements territorialement cohérents... »"


    On trouve encore :

    "Les classements se sont développés à partir du début des années 2000 dans un contexte de mondialisation de la formation et de la connaissance dans lequel la relation entre les établissements est essentiellement basée sur la concurrence (pour attirer et sélectionner les meilleurs enseignants et les meilleurs étudiants, pour proposer des droits d’inscription en rapport avec l’activité et la performance des établissements, pour lever les fonds auprès des autorités publiques et des entreprises...). Dans ce paysage de concurrence, les classements internationaux et nationaux prennent naturellement une grande importance; ils jouent pleinement leur rôle « d’effet signal » en contribuant à accroître l’information de l’ensemble des parties prenantes."


    Là encore, au delà de la question du regroupement des universités au niveau des sites géographiques, qui fait sens pour éviter les stratégies d'opposition au détriment des synergies, la notion d'excellence issue des ces incitations repose sur une concentration de moyens sur quelques pôles, avec une rhétorique contre la "saupoudrage", concevant l'excellence comme un gigantisme permettant la visibilité mondiale en termes d'indicateurs, à l'évidence au détriment des intérêts, y compris des intérêts sociaux économiques, des territoires. Ces décisions sont prises par quelques-uns, Élites Académiques, qui sont générallement issus des pôles d'excellence probables, dans les grandes métropoles.

    On perçoit aussi l'idée que ces pôles d'Exxcellence, pour pouvoir compéter dans cet environnement challengeant, doivent envisager d'aligner leurs droit d'inscriptions sur leurs alter Ego qui font le top de palmarès comme le classement de Shanghai.

    3.d. Discours sur la Qualité, Incitation à la Quantité

    Le discours officiel sur les incitations, au sein des EPST, porte sur des notions éminemment qualitative d'Exxcellence et d'Originalité, mais dans les faits, l'Exxcellence s'évalue par la taille, l'originalité par le coût prohibitif des équipements, l'Exxcellence des organismes par des indicateurs bibliométriques bêtement quantitatifs, et les incitations sont, objectivement, à privilégier la quantité sur la qualité.

    D'une part, les palmarès affichés par des organismes comme le CNRS mettent en avant des indicateurs comme le Nature Index, qui sont des dénombrements bêtes et méchants de publications, éventuellement pondérés par des facteurs d'impact.

    Les facteurs d'impact reflètent des nombres de citations moyens par article pour les différents supports de publication, dont on observe que les sommets sont atteints, non pas pour les articles à forte originalité de recherche de long terme, mais par les publications dont les mots clés font la une des grands médias, éventuellement suite aux éructations de parvenus californiens cherchant à faire le buzz et attirer les investisseurs, sur la base de prospectives socio-économiques dont les fondements scientifiques sont sujets à caution.

    Les courbes et graphiques sur le nombre de publications, ainsi que l'habitude, depuis quelques années, de voir les doctorants sortant des Écoles Normales Supérieures avec une tentaine de publications (devenu condition nécessaire pour un accès méritocratique au poste de chercheur à temps plein et à vie au CNRS), ne peuvent qu'interroger sur le sens de cette approche stakhanoviste de la qualité et de l'originalité dans la recherche scientifique. Le rapprochement avec la crise de la reproductibilité et les dérives de la production semi-automatique d'articles scientifiques en IA s'impose.

    Le rapprochement, enfin, avec les problèmes récurrents de manque de moyens, notamment pour les déplacements en conférence, ou avec la dénonciation habituelle du racket par quelques éditeurs dominants, s'impose également.

    La lecture d'un échantillonage représentatif des publications de chercheurs du CNRS achèvera de convaincre le lecteur que nous avons affaire à une entente sur la qualité pour optimiser la quantité, aux dépends des financeurs et contribuables. Malheur à celui qui démontre que l'on peut faire de l'excellente qualité et originalité à vil prix ! Il est impitoyablement éliminé...

    a) Palamarès affiché du CNRS
    b) Conception du Nature Index

    c) Nombre de prépublications en biologie
    d) Classement par nombre de citations



    Figure 4. Le Caractère Dispendieux et Aveugle des Indicateurs Bibliométriques

    4. Proportions Actuelles des Disciplines

    Les proportions actuelles des disciplinent pèsent fortement sur la composition des différents conseils, ce qui influence les orientations de manière déterminente, et tend à renforcer les déséquilibres. Voir, par exemple, la composition du Conseil d'Administration du CNRS.

    Un coup d’oeil à l’organisation en collegiums de mon université permet de se faire une idée de la masse relative des technologies de l’information dans l’université. Probablement moins de 5 % des chercheurs et enseignant-chercheurs sont spécialistes d’informatique (ils forment un sous-ensemble minoritaire du Collegium "Sciences pour l'Ingénieur", qui est lui-même le plus petit), mais parmi ceux ci, une grosse proportion ne connaît rien au développement logiciel ou aux compétences réseaux/sécurité qui sont indispensable pour s’adapter sur le plan économique ou pour notre souveraineté.


    Figure 5. Shéma d'organisation en Collegiums de l'UCA (2018)

    5. Conception des Mutations du Monde du Travail

    S’agissant de la communication, nous avons un bel exemple dans le numéro 2 de la gazette recherche « Le Lab », où le numérique est particulièrement à l’honneur (par rapport à l’habitude…). Comme l’explique l’édito, le but est de « rendre accessible l’activité des laboratoires de recherche de l’Université Clermont Auvergne à partir de thématiques scientifiques à forte résonance sociale, économique ou culturelle ».

    On y trouve un dossier sur le travail à l’heure du numérique. Deux lignes sont consacrées à l’évocation d’un projet commun labo-entreprise avec Michelin, mais le coeur du sujet est l’adaptation de l’humain à un monde numérique créé ailleurs. Sans nier la pertinence de la réflexion sur l’impact de l’environnement numérique et connecté sur l’humain (qui est tout de même largement abordée par la presse grand public...), notamment au travail, où est la création de valeur liée au développement des technologies en lui-même ? La réponse est « ailleurs »…


    Figure 6. Shéma des Thématiques dans la Communication de l'UCA
    sur les mutations du monde du travail

    Équipements Informatique et Usurpation d'Identité

    Les projets à gros budget dans le domaine du calculs qui sont les plus visibles des financeurs et décideurs politiques sont portés par les physiciens qui réalisent, à la fois, une usurpation d'identité scientifique, et une allocation inadaptée des moyens du fait de leur culture axée sur l'expérimentation à base de gros équipements.

    C'est une démarche analogue à l'usurpation d'identité réalisée par Cédric Villani, avec le même type de conséquences :

    1. Ignorance crasse des bonnes pratiques de développement nécessaire en matière de développement logiciel pour réaliser effectivement et efficacement un passage à l'échelle du calcul ;
    2. Illusion que résoudre le défi du passage à l'échelle revient à disposer de grosses infrastructures de calcul ;
    3. Maîtrise des projets les plus coûteux, de la communication vers les décideurs, et de la formation associée par des discipline qui sont étrangères aux formations spécialisées en informatique et réseaux, où les compétences sont effectivement nécessaires aux enseignant-chercheurs, comme aux étudiants.

    Il en résulte des manquements graves et une inéfficacité de la dépense au regard des enjeux sociétaux, de part :

    1. Une dépense disproportionnée sur des équippements avec une utilisation sous-optimale 
    2. Des coûts de développement et de maintenance du logiciel exorbitants en resources humaines du fait des mauvaises pratiques d'ingénirie logicielle ;
    3. Un sous-développement des discipline et des formations spécialisées en informatique nécessaire pour l'irrigation de l'environnement socio-économique des territoires.

    Voici un exemple, avec le projet AuverGrid, piloté par le Laboratoire de Physique de Clermont (anciennement Laboratoire de Physique Corpusculaire) et l'Institut national de physique nucléaire et de physique des particules (IN2P3) du CNRS.

    a) AuverGrid en chiffres
    b) Formation à l'IN2P3

    c) Objectifs d'AuverGrid
    d) AuverGrid blabla Public-Privé

    e) AuverGrid perspectives

    Figure 7. L'exemple de l'Infrastructure de Calcul AuverGrid

    7. Énergie, Économie, Contraintes Physiques et Recherche

    7.a. Énergie et PIB : Facteur de Production Déterminant

    La meilleure manière de dé-carboner l'économie, le choix entre croissance verte ou décroissance, occuppent une bonne partie du débat sur l'environnement et l'écologie politique. Or, les contraintes physiques, dont on doit comprendre qu'il est impossible de s'en affranchir, sont généralement trop peu connues des décideurs, et ignorée dans de nombreux débats et discours.

    L'énergie est un facteur de production essentiel pour lequel :

    • Le signal prix ne reflète pas son importance dans les facteurs de productions, alors que le PIB est sensiblement proportionnel aux quantités d'énergie consommées ;
    • Le pic de production pour les sources d'énergies les plus efficaces (en kWh rapporté aux coût de production, de distribution et d'exploitation) a été dépassé ;
    • Les énergies fossiles ne peuvent pas être durables car les réserves mondiales sont finies, et l'adaptation de nos économies est une urgence purement économique et politique (indépendament du problème du réchauffement climatique, qui est aussi une urgence) ;
    • Pour des raisons purement physiques liées à la notion de taux de retour énergétique, dans un avenir prévisible, les énergies renouvelables ne nous permettront pas de nous passer à la fois d'énergies fossiles et d'énergie nucléaire sans une décroissance du PIB massive, pour laquelle nos populations ne sont pas préparées.

    Concernant une stratégie robuste et pragmatique pour la décarbonisation, je recommande la source bien informée et agnostique The Shift Project. Voir aussi ci-dessous la conférence de Jean-Marc Jancovici, excellent spécialiste des contraines liées à la physique de l'énergie sur l'économie.


    Vidéo 1. Conférence de Jean-Marc Jancovici : CO2 ou PIB, il faut choisir


    Vidéo 2. Conférence de Jean-Marc Jancovici : Décarboner l'économie, un jeu d'enfant ?

    7.b. Recherche Scientifique : Interrogations sur le Projet Iter

    Plusieurs physiciens de renom, dont Georges Charpak, ont dénoncé avec force le projet de fusion nucléaire Iter comme horriblement coûteux et irréaliste, comparativement à des techniques alternatives de fission, comme les réacteurs au thorium. Historiquement, la fission a toujours été beaucoup plus facile à déclencher et à maîtriser que la fusion. Voir l'excellent reportage d'Arte ci-dessous, au sujet de la moindre dangerosité du thorium vis à vis des technologies actuelles.

    Références :

    Tribune : Arrêtons Iter, ce réacteur hors de prix et inutilisable
    Pourquoi je crois dans le projet de réacteur Iter
    L’absence de dynamique contradictoire a empêché
    la création de réacteurs nucléaires vraiment performants et sûrs

    Impact du béton sur l'environnement
    Notion de taux de retour énergétique d'une source d'énergie
    ITER is a showcase … for the drawbacks of fusion energy


    Je propose de revenir au ralenti sur une séquence au Parlement, où le Ministre de l'Environnement d'alors, répond à une question sur la technologie thorium. La réponstre du Ministre comprend deux parties. La première, concernant les énergies renouvelables, relate, de son propre aveu, une croyance. Pour la deuxième, où il est visiblement moins à l'aise, il a selon moi été victime de la tactique de l'élimination d'une question ennuyeuse par noyade de l'interlocuteur :


    Vidéo 3. Débat au Parlement sur le Thorium

    Concernant Iter :

    • Ma conviction est que ça n'est pas du tout l'approche la plus pragmatique pour faire une différence sur le réchauffement climatique, ne serait-ce que pour des questions de timing, qui est connu du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (que je tiens pour extrèmement fiable, notamment du fait que les conflits d'intérêts sont limités par une forte interdisciplinarité). Les responsables du projet Iter le savent depuis le début, mais veulent associer leur nom à une frontière de la physique, synonyme d'Éternité.
    • Je pense que les gros bras du CNRS sont tout à fait capable d'étouffer toute contestation et de tuer dans l'oeuf les idées et projets alternatifs.
    • Les idées et projets alternatifs, éventuellement plus pragmatiques et plus acessibles, font forcément l'objet d'autocensure ; tout le monde sait dans le millieu de la physique nucléaire qu'« on ne peut pas aller contre un projet comme Iter », non pas parce qu'il s'agirait d'une panacée, mais parce que les intérêts sont trop importants, et on est sûr de se voir opposer un « Tu ne crois quand même pas que tu vas pouvoir lutter scientifiquement contre un méga-consortium comme Iter, avec tous les grands noms et le milliards.... ». L'idée ne sera de toutes manières pas évaluée ni envisagée sur le fond. Le gigantisme prévaut contre tous les autres intérêts et toutes les autres considérations, censure, détruit si besoin, et écrase.
    • Je trouve que la réponse "Pourquoi je crois dans le projet de réacteur Iter" par schtroumpf_perplexe n'est vraiment pas convainquante.
    • Je témoigne avoir vu le vice président en charge de la recherche dans mon université, Pierre Henrard, associé à l'institut national de physique nucléaire et de physique des particules (IN2P3), changer d'avis instantanément sur le gâchis du thorium, lorsque j'ai mentionné Iter.

    Figure 8. Extrait de la page Wikipédia sur le Cycle Thorium

    Video 4. Iter sort de terre en Provence (Le Monde)


    Vidéo 5. Arte, Reportage sur l'Énergie au Thorium

    7.c. Finitude des Resources Naturelles : Plusieurs Secteurs Menacés

    En dehors du secteurs des énergies fossiles, plusieurs secteurs critiques, comme l'agriculture, sont directement menacés par un usage non durable de resources minérales ou fossiles dont les stocks mondiaux sont en quantité limités. Voir les trois reportages d'Arte ci-dessous. On peut citer :

    Au delà de l'ugence de cette adaptation dans plusieurs secteurs, il est aussi urgent de refonder tous les modèles d'économie pour introduire une notion d'amortissement des resources naturelles. Mon avis est que les bases mathématiques peuvent se trouver dans la notion de taux d'actualisation du prix d'une resource raréfiée dans le futur, que les propriétaires de matières premières (dans leur sol) devraient prendre en compte avant de décider de céder cette resource. Le fonctionnement reviendrait à organiser une entente sur les les prix (ou les taxes) planétaire sur chaque secteur de matières premières, pour envoyer un signal prix qui ait un sens physique.

    Une compensation financière doit être envisagée pour corriger un éventuel accroissement des inégalités (qui posent déjà beaucoup de problèmes humains et sociaux), pour garantir à tous un accès aux resources vitales de base, en éliminant la surconsommation, qui pèse sur les resources, nuit souvent à la santé, mais n'apporte pas réellement d'épanouissement supplémentaire au regard de la frustration.


    Vidéo 6. Arte, Lithium : La bataille du Lithium


    Vidéo 7. Arte, Le sable : Enquête sur une disparition


    Vidéo 8. Arte, Vers une famine planétaire : l'épuisement du phosphore